SUD-KIVU: le nouveau gouverneur aura du pain sur la planche (Editorial)

La province du Sud-Kivu aura un nouveau Gouverneur qui sera le cinquième en l’espace de treize ans soit depuis les premières élections démocratiques en République Démocratique du Congo tenue  en 2006. Alors que d’autres provinces à l’instar du Nord-Kivu et du Maniema continuent d’émerger sur plusieurs aspects notamment les infrastructures routières, le Sud-Kivu continue de demeurer dans un retard de développement.

En effet, la province traverse une situation particulièrement difficile notamment dans le domaine des infrastructures, l’éducation, la sécurité, l’agriculture, les conflits intercommunautaires, l’agriculture, la justice, la santé et la mobilisation des recettes.

Insécurité, un secteur central sans lequel rien ne peut être fait

La province du Sud-Kivu fait face actuellement à un activisme des groupes armés dans presque tous ses compartiments. Au sud dans les territoires d’Uvira et Fizi, des affrontements sont toujours réguliers entre des groupes armés et les FARDC. Ici, on rapporte aussi des conflits intercommunautaires notamment dans les hauts plateaux de Bijombo, à Minembwe et à Misisi. Des villages entiers sont incendiés, des vols des bétails signalés et les habitants obligés d’abandonner leurs habitations. Dans la partie nord de la province en territoire de Kalehe, des groupes armés mai mai Kirikicho et Nyatura sont toujours actifs dans les hauts plateaux ou certains d’entre eux contrôlent de grands espaces et plusieurs sites miniers. Au Sud du territoire de Kabare dans la chefferie de Nindja, les raiya mutomboki continuent de terroriser la population et le problème de succession au sein de la famille royale continuent de diviser cette chefferie du territoire de Kabare. Les mêmes éléments raiya mutomboki avec différents responsables sont éparpillés dans plusieurs autres territoires dont Mwenga, Shabunda et dans certaines parties du territoire de Walungu.

Dans la ville de Bukavu, la situation sécuritaire reste tendue. Dans presque tous les quartiers, des hommes en armes attaquent des paisibles citoyens, violent, pillent et tuent sous le regard des autorités en charge de la sécurité. Il faut toutefois noter qu’avec le nouveau souffle de gouvernance, certains groupes armés ont commencé à déposer les armes et à rejoindre les forces loyalistes. Un défi attend le prochain gouverneur, c’est l’encadrement et la réinsertion de ces éléments afin d’aboutir à une paix durable. En effet, ces derniers peuvent être encore sources d’insécurité et/ou de banditisme si l’encadrement ne s’en suit pas.

Justice, un secteur à prendre avec beaucoup d’attention

Le nouveau gouverneur prendra ses fonctions dans un contexte où les mauvaises conditions carcérales défraient la chronique dans plusieurs établissements pénitenciers de la province.

A Mwenga, ce sont des évasions et des cris d’alarme des détenus demandant la nourriture et les soins médicaux. Même situation à Kabare ou certains détenus meurent presque chaque mois suite au manque de nourritures. A la prison centrale de Bukavu comme dans d’autres maisons carcérales à l’intérieur de la province, les défenseurs des droits humains ne cessent de dénoncer les détentions arbitraires et les violations des droits des détenus.

La plupart des maisons carcérales sont vétustes et les détenus bénéficient rarement de l’assistance en nourriture et en soins de santé de la part du gouvernement provincial. De même, l’accès à la justice reste un casse-tête pour plusieurs habitants de la province du Sud-Kivu vu le caractère exorbitant des frais de justice et même les distances à parcourir pour atteindre les instances judiciaires. Un autre défi à relever c’est de redonner de la valeur au ministère de la justice. En effet, dans le gouvernement Nyamugabo II, ce ministère a été complètement supprimé. C’est suite aux alertes des défenseurs des droits de l’homme qu’un commissaire spécial en charge de ce secteur a été nommé. Il faut toutefois noter que ce dernier est toujours déconnecté des réalités dans son secteur et jamais sur le terrain.

Mobilisation des recettes : une nouvelle politique à définir

Au ministère des finances, le principal défi reste la capacité de mobilisation des recettes, leur encadrement pour couvrir les charges de la province et la lutte contre le détournement de deniers publics. A l’occasion des contrôles parlementaires, les députés provinciaux de l’ancienne législature n’ont pas hésité d’affirmer que des taxes étaient perçues par des agents de l’Etat dans plusieurs marchés et services étatiques sans document justificatif.

Il faudra mettre en place une nouvelle politique de mobilisation des fonds, créer un guichet unique pour la perception des taxes et éviter de créer des caisses parallèles et de faire tout pour payer les agents via la Banque et non en mains propres. Au ministère du plan et budget, en plus de sa mission traditionnelle d’élaborer un budget pour la province, il faut noter que le principal défi demeure la mise en place d’un plan stratégique, réaliste et réalisable pour le développement de la province. Dans ce sens, le nouveau Gouverneur sera certainement axé sur ce défi et dans le même sens œuvrer pour sa réalisation effective.

Secteur de la santé, un long chemin à parcourir

Au ministère de la santé, genre et affaires sociales ; le nouveau gouverneur héritera d’un contexte particulièrement marqué par les épidémies comme le choléra qui semble difficile à maîtriser dans une province ou l’insalubrité est comme une règle. Il s’avère également que l’accès aux soins de santé est loin d’être une réalité. Le système des mutuelles de santé qui a fait ses preuves dans d’autres pays, au Sud-Kivu, cela couvre une faible partie  de la population. Pendant que le taux de mortalité maternelle et infantile trouve déjà des solutions ailleurs ; ici au Sud-Kivu par contre, le nouveau Gouverneur aura encore du chemin à parcourir. Dans son volet humanitaire, il faut noter que la province fait face actuellement à plusieurs types de catastrophes naturelles. Des dégâts matériels et humains sont toujours enregistrés mais en amont comme en aval, l’on sent toujours une absence de l’intervention de l’Etat plongeant ainsi la population dans ce qu’on appellerait un désespoir.

L’éducation, un secteur à reformer

Dans le secteur de l’éducation, le nouveau Gouverneur prend ses fonctions dans un contexte où la question de la prime continue de faire parler d’elle au sein de l’opinion. Des voix s’élèvent pour réclamer la gratuité de l’enseignement et la mise en application de l’édit portant fonds de soutien à l’éducation voté depuis plusieurs années par les députés provinciaux et qui moisit dans les tiroirs du gouvernement. Dans plusieurs territoires du Sud-Kivu et même dans la ville de Bukavu, des enfants abandonnent les études  juste pour avoir manqué 1000fc et d’autres passent des jours à la maison juste pour avoir été chassés de l’école. Dans le même sens, il faut noter la prolifération des écoles dont certaines sont érigées dans des sites dits impropres mettant ainsi en danger les vies des élèves. Les autorités tant au niveau national que provincial octroient des documents à des individus pour qu’ils aillent créer des écoles parfois même dans des conditions non viables. Toujours au ministère de l’éducation, l’actualité en province est également dominée par le détournement des salaires des enseignants dans plusieurs coins du territoire et plusieurs impayés.

Ministère de l’agriculture, presque absent sur le terrain

Pendant ce temps, rien de neuf depuis plusieurs années dans le secteur de l’agriculture, pêche et élevage. Il faut pourtant noter que la province est loin de faire des avancées car les défis à relever restent énormes. Au sein de ce secteur, les milieux ruraux sont devenus improductifs suite à la présence de plusieurs maladies qui ravagent les plantes causant ainsi une famine généralisée et des maladies liées à la malnutrition.

Sous le regard des autorités, les habitants se rendent désormais dans des pays voisins pour se constituer des provisions même pour des produits comme des fruits et des légumes qui devraient pourtant être produits à l’intérieur des territoires. Même situation pour ce qui est des secteurs la pêche et l’élevage. Malgré d’énormes potentialités dans le Lac Tanganyika, le Lac-Kivu et plusieurs autres cours d’eaux sur l’ensemble du Sud-Kivu, la province continue de traverser une sorte de calvaire sur le plan alimentaire. Il y a lieu également de faire allusion au potentiel agricole de la plaine de la Ruzizi, des territoires de Shabunda, Kalehe et Kabare mais depuis plus de vingt ans, aucun programme n’a été mis en place par le gouvernement pour résoudre le déficit alimentaire.

Des infrastructures délabrées et quasi inexistantes

Dans le secteur des infrastructures, le Gouverneur et son ministre devront améliorer les initiatives entamées. Il faut noter que la province du Sud-Kivu fait face à un manque criant d’infrastructures. En effet, les routes sont presque inexistantes et d’autres délabrées. Les routes de desserte agricole sont inexistantes et certains territoires comme Shabunda  ne sont pas connectés par voie routière à la ville de Bukavu. Là-même à Shabunda, des informations détenues par deboutrdc.info renseignent que le tracé de certaines routes a même été envahi par des arbres et des végétations.Il faut noter que dans ce secteur, plusieurs projets ont été annoncés mais n’ont jamais commencé alors que pour les projets commencés, les travaux sont aux arrêts. Dans le secteur des transports et voies de communication, le défi majeur reste la modernisation des quais d’accostage sur différents ports de la province du Sud-Kivu ainsi que les conditions de travail dans ces installations. Sur ce point précisément, il y a lieu de noter le fait que les travaux de modernisation du port de Kalundu ont été lancés plusieurs fois par les gouvernements sortants mais cela n’a jamais été une réalité. Il sied de faire également mention de la non maîtrise de l’effectif des conducteurs des motos et taxis voitures qui exercent le transport dans la ville de Bukavu, une situation qui est souvent à la base de l’insécurité.

Un secteur minier qu’il faut maîtriser

Sur la scène internationale, l’on ne cesse de qualifier la République Démocratique du Congo d’un scandale géologique. Le Sud-Kivu est l’une des provinces à vocation minière dans presque tous les territoires. Il faut pourtant noter que le développement n’est toujours pas au rendez-vous. Parmi les défis, il y a notamment le plaidoyer à faire pour que la société BANRO paie les redevances dues à la province et l’encadrement des creuseurs artisanaux dans plusieurs territoires. ll sied également de mentionner la lutte contre la fraude et la contrebande minière ainsi que la gestion et le financement des comptoirs d’achat des minerais.

Rédaction Sud-Kivu

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