RDC: Le Parc National de Kahuzi Biega en disparition

Chaque le 22 Mai le Monde célèbre la journée Internationale de la biodiversité. Pendant ce  temps,  le Parc National de Kahuzi Biega situé  à plus de 30 km au nord Est de la ville de Bukavu, province du Sud-Kiv en  République Démocratique du Congo, fait objet d’un déboisement sans précédent. Actuellement plus de 14 hectares ont été déboisés seulement dans les groupements de Bugorhe et Miti dans le territoire de Kabare au Sud-Kivu. A part ces hectares déboisés, le conflit persistant entre les autorités de ce parc et les peuples autochtones, a déjà fait plusieurs morts et des blessés, alerte l’ong Partenariat pour la protection intégrée, PPI.

Pour la partie située dans le groupement d’Irhambi Katana, et le territoire de Kalehe, il semble difficile d’estimer pour l’instant l’étendue déjà déboisée. Les personnes impliquées dans cette déforestation sont essentiellement des peuples autochtones pygmées mais aussi des communautés riveraines du dit Parc. Ces autochtones et la plupart des membres de ces communautés disent  continuer la déforestation jusqu’à ce que le PNKB respecte ses engagements.

La vitesse à laquelle la déforestation du PNKB évolue est inquiétante. Selon le constat sur place, c’est une vaste étendue qui s’ouvre à nous. Des fumées provenant des fours des charbons sont visibles ci et là. Les sons des scieurs à la recherche des plantes  sont aussi entendus un peu plus loin. Visiblement tout est mis en marche pour dénuder cette partie du Parc.

Nous sommes dans le parc jusqu’à nouvel ordre

Selon le représentant des pygmées du groupement de Bugorhe Cizungu Ntavuna, le peuple autochtone va quitter ce parc quand les autorités respecteront leurs engagements.

« C’est depuis 2008 qui nous avons commencé le procès contre l’Etat congolais. Nous avons commencé par le Tribunal de Kavumu, nous avons été à Bukavu mais aussi à Kinshasa pour le même dossier sans succès. Nous sommes allés finalement à la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples pour que nous soyons remis dans nos droits. Nous demandons  qu’un espace soit réservé pour les peuples autochtones, que des maisons en dur soient construites pour nous et que nous soyons indemnisés plus de 50 ans que l’Etat congolais nous a chassé de notre patrimoine », plaide Ntavuna. Si les pygmées sont à l’avant plan pour réclamer leurs droits, les bantous aussi ne sont pas en reste.

Gestion sans communauté, un colonialisme vert

Tronc d'arbres coupé dans le parc Kahuzi biega
Tronc d’arbre coupé dans le parc Kahuzi biega Ph. Murhula

Des comités locaux de conservation ont été mis en place dans l’objectif de faire participer la population à la conservation du PNKB, un patrimoine Mondial. Actuellement, tous ces comités locaux se plaignent de ne plus être impliqués dans la gestion du Parc.

Ils accusent le nouveau directeur de ce site d’être insensible aux revendications des peuples riverains.

« Avant, le Parc donnait des semences aux populations riveraines. Des petits projets des comités locaux étaient financés par le Parc mais aussi le Parc donnait du travail à plus de  70 personnes comme pisteurs ou guides. Actuellement, tous ces avantages ont disparu. Nous demandons au nouveau directeur d’organiser des réunions mensuelles avec les communautés concernées, de faire scolariser  les enfants des peuples autochtones mais aussi impliquer la communauté dans la gestion du Parc. Sans cela, ce parc va disparaitre car on ne peut pas  protéger ce parc aussi longtemps quela communauté  ne bénéficiera d’une contrepartie », se plaint Pascal Ndeko, porte-parole du comité de conservation communautaire du groupement de Miti dans le territoire de Kabare.

Pendant ce temps, ce conflit qui dure déjà une année a déjà fait des morts et des blessés. L’ong PPI plaide pour qu’une solution durable soit trouvée pour éviter un bain  de sang qui peut éclater entre communautés.

« En plus, les affrontements du mois passé qui se sont soldés par un bilan d’une personne tuée par balle du coté pygmée et quatorze autres blessées de part et d’autres, dont trois grièvement. Des informations recueillies par nous font état de quatre  personnes déjà tués au mois d’avril et un autre vers fin 2018 ainsi qu’une dizaine de blessées, depuis le déclenchement de ces nouvelles violences », regrette Maitre Pascal Mupenda, directeur pays de Partenariat pour la protection Intégrée.

Détruisez, vous le regretterez

Le  directeur provincial de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature ICCN et chef de site du PNKB, que nous avons contacté, De Dieu Byaombe estime que les accusations portées contre lui sont sans fondement.

Il pense que  c’est une instrumentalisation de certaines personnes jalouses et qui ne sont pas contente du travail qu’il fait pour redonner de  la valeur à ce Parc. De Dieu Byaombe estime que les peuples autochtones n’ont pas raison  d’abimer le parc car ils en sont les premiers bénéficiaires.

« Actuellement le PNKB fait scolariser 350 enfants pygmées. Deux sont à l’université plus précisément à l’Institut Supérieur de Développement  Rural, ISDR/Bukavu. Nous avons relancé le projet d’apiculture et d’élevage des chèvres en faveur des communautés riveraines. Tout ceci pour les aider. S’attaquer au Parc c’est scier un arbre sur lequel on est assis », prévient De Dieu Bya’Ombe.

Cet ancien directeur et pionnier du Parc de la Lomami, le 8ème en RDC, demande à tous les acteurs de s’impliquer pour sauver  ce patrimoine qui fait la fierté  du Sud-Kivu et de la RDC.

Des autorités insouciantes

Depuis le début de la déforestation de ce patrimoine mondial et le dégât humain qu’il déjà causé, l’autorité ayant l’environnement dans ses attributions n’a pris aucune mesure allant dans le sens de mettre fin à cette situation.

Voulant savoir davantage sur les  mesures prises par le gouvernement, nous avons contacté la ministre provinciale de l’environnement au Sud-Kivu Jacqueline Ngengele. N’étant pas en province, nous avons rencontrés le chef de division de l’environnement Jean de Dieu Kyalumba.

Il précise que la division va débuter le reboisement des parties déjà nues. Selon lui, le reboisement va commencer  au mois d’octobre 2019 avec des arbres exotiques mais aussi ceux  forestiers locaux. Kyalumba demande tout de même aux  communautés riveraines et les autorités coutumières de s’impliquer dans cette situation qui peut conduire à la disparition de ce Parc.

«Nous n’avons pas un autre pays que le Congo. La protection de l’environnement est une affaire de tout le monde. Les chefs coutumiers, la population riveraine et la société civile doivent  s’unir avec nous pour sensibiliser sur l’importance de ce parc. La protection de l’environnement n’est pas une affaire de certains. C’est une affaire de tout le monde. Aujourd’hui nous sommes entrain de décrier les signes prévisibles du changement climatique. Si ça continue ainsi,  c’est tout le monde qui sera frappé et personne ne sera épargné. Je recommande qu’on se mette ensemble en  regardant dans une même direction pour protéger le Parc de Kahuzi Biega», conclut le chef de la division provinciale de l’environnement Jean de Dieu Kyalumba.

Entre temps, les peuples autochtones et les communautés riveraines sont en plein déboisement du Parc. Des sources concordantes, nous apprenons même que certains riverains auraient élu domicile dans le Parc à la recherche des matières premières parfois sous la bénédiction des groupes armés.

Murhula Nkumbarhi Justin

 

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1 Comment
  1. KANIKI Cléophas 8 mois ago
    Reply

    Cette affaire de la déforestation du PNKB est un arbre qui cache la forêt.
    Il s’agit de la chasse à l’homme, et c’est surtout le Directeur Chef de site qui est visé. Les gens cherchent a montré qu’il n’est pas à mesure de gèrer ce site du patrimoine mondial.

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