SUD-KIVU : J’ai tué mon enseignant (témoignage)

Un jeune homme originaire du territoire de Kabare dans la province du Sud-Kivu en RDC a tué son directeur d’école 19 ans après qu’il l’ait  chassé de la salle d’examen de fin d’études primaires. Ce jeune alors âgé de 12 ans avait une dette de deux mois à l’école. Des années après, ce jeune est devenu  un milicien. Par hasard, il va rencontrer son ancien directeur sur la route de Misisi dans le Territoire de Fizi dans la même province.

« Je devais passer mon examen de fin d’études primaires. Il m’avait chassé de la salle. Je suis rentré à la maison en pleurant. Mes parents n’avaient pas d’argent. Je suis resté à la maison plusieurs années avant de commencer le travail de convoyeur. Sur les bus, je m’occupais de chercher des clients, le faire payer. Ceci chaque jour du lundi au samedi. Il arrivait même que je passe des nuits loin de ma famille. Un jour, j’ai rencontré un  ami du quartier, qui était parti  à Misisi, une zone où on extrait des minerais. Je devais chercher  Vingt mille francs pour le ticket pour que je parte avec lui. J’ai économisé et dans moins de 5 mois j’ai réalisé 25 Mille Francs. Sans dire au revoir aux parents je suis parti. Nous avons fait trois jours sur la route.

Et d’ajouter «  Finalement nous sommes bien arrivés.  Il fallait chercher du travail. Une fois sur terrain, mon ami me trouve un travail pour laver les minerais. Il faut le transporter du puit  jusqu’à la rivière. J’ai fait ce travail  durant plus de 3 mois. J’étais fatigué et je gagné mois de 5 dollars par jour après un travail harassant. Une nuit, des bandits armés  sont entrés dans  notre campement. Ils ont emportés des minerais  avec nous. Arrivés à leur quartier général, ils nous ont  demandaient de s’allier à eux car, eux n’ont pas besoin de trop travailler pour avoir de l’argent. Pour eux, leur fusil, c’est le travail », relate Robert.

Le  jeune Robert, a pris la décision de s’allier aux miliciens qui  rendent la vie difficile aux habitants de ces villages miniers. Durant plusieurs mois, il a été entrainé  comme miliciens.

« On n’avait pas de choix, j’ai accepté la proposition. On nous a formés durant quelques heures et pouf, on me donne une vielle armé lié par des morceaux de pagnes rouges et remplit de rouille. Je croyais que c’était du jeu. Lors de l’entrainement, on nous a appris à tirer. Avec ma veille arme,  je n’y pensais pas, elle a  produit du feu. J’étais dans la danse, j’étais devenu aussi un rebelle, je vivais de mon arme en rançonnant des passants, en volant comme les autres », regrette-il.

Pendant tout ce temps, le jeune Robert se posait des questions sur ce qu’était devenue sa famille, ses petits frères et ses anciens collègues de classe.

« Quand je pensais à mes études, à mon rêve de devenir agronome,  je pleurais intérieurement et de la haine grandissait chaque jour davantage contre mon enseignant qui avait brisé ce rêve. Parmi mes collègues certains sont devenus des journalistes, des avocats, des pères de familles, moi je galère dans des forets où il faut vivre du vol avec tout le risque d’être tué car notre groupe était toujours rechercher par les militaires gouvernementaux », nous raconte Robert d’un air anxieux.

Un jour comme par hasard, le groupe de Robert fait une ambuscade à un véhicule  des humanitaires qui allait à Nyange. Ils font descendre tout le monde de la jeep, récupère tout leurs biens. Parmi le passager, il y avait un homme barbu, de longue taille et avec diadème. Une description parfaite pour reconnaitre, l’ancien directeur d’une école primaire dans laquelle avait foulé le pied le jeune Robert. Il lui demande sa pièce d’identité, vérifie et se rappelle que c’est réellement son ancien directeur qui avait brisé son rêve. Le jeune Robert, ordonne que les autres partent et son ancien directeur reste. C’est qui fut fait. Le Viel homme, ne savait pas pourquoi, lui reste. La jeep est partie sans lui.

Cette fiction  montre que le rôle de l’enseignant est salutaire pour le devenir de la nation. Devant une classe  de cinquante  élèves, c’est cinquante destins qu’il faut protéger. Face à la crise actuelle entre le gouvernement et les enseignants, les parties à ce dossier devraient tout faire pour que les élèves étudient dans des bonnes conditions et  ainsi éviter l’histoire de Robert.

 

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